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Mardi, 28 Août 2012 18:33

Mayacine Mar, Directeur Technique National : « ma priorité sera les U15 pour que le football national puisse être conforme aux normes internationales »

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Mayacine Mar, Directeur Technique National : « ma priorité sera les U15 pour que le football national puisse être conforme aux normes internationales »

Nommé à la tête de la Direction Technique Nationale depuis un peu plus d’un mois, Mayacine Mar compte inscrire son mandat sous la formation des U15 pour permettre au football sénégalais de pouvoir se conformer aux normes internationales. Homme du milieu depuis près d’une trentaine d’année, son diagnostique de la situation l’a amené vouloir accentuer son travail dans cette catégorie importante ou tout s’apprend mais où tout est faire.

Dans la première partie de cet entretien, il revient sur les missions qui lui ont été assignées par la Fédération Sénégalaise de Football, sur la politique qu’il va mettre en place pour la petite catégorie mais aussi sa vision sur le développement du football féminin. Entretien.

Vous avez été nommé DTN il y a un peu plus d’un mois, pouvez-vous nous dire les termes de la lettre de mission qu’on vous a assigné ?

Les termes de la lettre de mission sont définis tels qu’ils l’ont été avec tous les DTN qui ont été en place. Ma première mission est d’appliquer le programme du développement technique de la Fédération Sénégalaise de Football (FSF). Lequel programme doit être proposé par le DTN et soumis à l’approbation du Comité Exécutif qui est chargé de valider. Et à partir du moment où le document est validé, je suis chargé d’appliquer cette politique. Je suis également responsable de tout ce qui est développement technique et formation de cadres, du footballeur, de tout ce qui est développement technique des entraineurs [nationaux, ligue 1 et ligue 2]. Je me dois donc de coordonner toutes les actions de développement à tous les niveaux aussi bien de l’élite que de la masse.

Et quelles sont les priorités de votre mission ?

J’ai deux grandes priorités, même si tout est priorité. La première est la formation des U-15. Parce que, depuis presque 30 ans que je suis dans le football Sénégalais, je me rends compte qu’il s’agit d’une partie de la jeune population qui n’a jamais été prise en compte. Et de mon point de vue, c’est une étape qui coïncide avec l’étape la plus importante au développement du footballeur, c’est à dire entre 10 et 12 ans. En fait c’est un période charnière où l’enfant est vierge, et c’est à ce moment qu’il commence à apprendre les gestes techniques du footballeur. Et malheureusement cette tranche d’âge est laissée pour compte depuis de nombreuses années. On ne les [les U-15] retrouve ni dans les écoles de football et ni dans les clubs. Les écoles de football prennent seulement en compte les 8-11 ans et les clubs prennent les joueurs à partir de 16 ans. Donc cela veut dire que de 12 jusqu’à 15 ans, il n’y a rien. Alors où sont-ils ? On ne sait pas. Par conséquent ces jeunes jouent au football dans la rue, dans des structures non officielles et pas sécurisées, qui sont entre les mains de personnes inexpertes et malheureusement qui travaillent souvent mal. Parce qu’en fait  quand on n’est pas formé et on veut agir sur quelqu’un, cela peut entrainer bien des dommages. Et donc ce sont des jeunes qui arrivent en club, en cadet et en junior plus tard, avec un formation à la limite controversée. La raison est que ce qui interviennent à ce niveau là, nous ne les contrôlons pas et ne sont pas bien formés et donc ils mettent en place des produits mal finis. Et après ils se retrouvent dans les clubs. Et à cet âge là tout ce qu’on apprend reste. Et si on apprend mal on va continuer à fonctionner comme cela.

Les petites catégories ont toujours été le talon d’Achille du football. Dans le schéma de développement que vous avez proposé a la FSF, comment avez-vous articulé cette politique pour le football de la catégorie jeune ?

Ce que je préconise c’est dans un premier temps, la création de centre d’entrainement ou de pool de formation au niveau de chaque région. Ces centres auront pour vocation de prendre en charge ces jeunes. Il s’agit ici d’un raccourci car il est impossible au niveau de toutes les régions de demander aux clubs de mettre en place des centres de formation, parce qu’ils ont déjà des difficultés de gestions sans que nous leur en ajoutions une catégorie supplémentaire. Nous allons essayer de prendre les meilleurs des jeunes qui sont dans ces centres de formation pour leur faire bénéficier d’un certain nombre de séances entrainement par semaine. Cela nous permettra de ne pas prendre tout le monde en charge mais au moins d’en repérer les meilleurs afin de les prendre en charge pour mieux les maitriser. La deuxième solution est le respect du cahier de charges ligue 1 et ligue 2. C’est à dire que les clubs en ligue 1 et ligue 2 qui ont l’obligation de mettre en place un centre de formation le fasse. Cela permettra de prendre en charge ces jeunes et de répondre à la présence des U-15. C’est une question d’adhésion et d’une politique à mener parce que, pour moi, la mise en place d’un centre de formation réponds premièrement au fait que ces jeunes sont formés avec la philosophie et la culture du club. Deuxièmement, le centre de formation aide à réduire le taux de transfert des joueurs. C’est à dire qu’il est possible de bâtir une équipe avec des produits maison au lieu de former des joueurs venant d’horizons divers. Parce que, pour faire l’élite il faut passer par la masse et donc cette liaison là doit se faire.

Ma deuxième priorité c’est la formation des cadres. Là, il faut avouer qu’il y a déjà eu beaucoup de formation en initiateur, en premier degré, en licence C, CAF et tout… Mais je crois qu’il faut que nous essayions de tirer le bilan de ceux qui ont été formés. C’est à dire, est-ce qu’il s’agit de personnes qui sur la base seulement d’une formation qui a duré X jours, ont un profil qui leur confère cette compétence de pouvoir entrainer. Cela aussi est une question fondamentale à se poser et, de mon point de vue, je dis qu’il ne doit pas en être ainsi. Parce qu’en fait le stage est un moment de partage et de réflexion. Mais ce qui fait de la personne un entraineur c’est la pratique sur le terrain, c’est à dire l’application de l’apprentissage. Et c’est cette phase là qui n’existe pas. Il faudrait qu’on en arrive à une admissibilité temporaire après le stage et une admissibilité définitive après la pratique du terrain. L’admissibilité temporaire se fera sur la base d’un examen qui se fera une dizaine de jours après le stage où ceux qui l’auront réussi seront admissibles. Et au bout d’un an on met ces candidats à l’épreuve sur le terrain c'est-à-dire que ces personnes dans leur environnement seront suivis par le directeur technique régional à qui ils soumettent un bilan chaque mois pour pouvoir être suivis et notés à partir de ce qu’ils font sur le terrain. C’est une façon de mettre les entraineurs diplômés à l’épreuve afin  qu’ils appliquent la formation. Sinon certaines personnes viennent juste faire la formation pour avoir le sésame et ensuite se constituer comme vacataire pour offrir leurs services.

Cela est un constat qui va demander une réflexion mais là où il faudra véritablement du travail aussi c’est au niveau du recyclage des entraineurs, surtout pour ceux qui interviennent au niveau des cadets et des juniors. Il faut le faire au niveau des seniors mais il faut d’avantage en faire au niveau des petites catégories afin d’accompagner les entraineurs pour au moins leur permettre de pouvoir être mieux outillé pour intervenir. Parce que la plupart de ces  personnes concernées ont été formées sur le tas. Ce sont des fils du club à qui on confie l’équipe sans une véritable formation et ça nous échappe. Parce que nous aujourd’hui on n’a pas les moyens d’intervenir en club pour dire que vous ne devez pas nommer tel entraineur à tel poste parce qu’il n’a pas le profil. C’est une bataille où il faut qu’on s’engage afin d’avoir un droit de regard sur le choix d’entraineurs de club par rapport au profil –pas la personne – de l’entraineur. Ce sont deux priorités sur lesquelles j’inscrits mon mandat même si il y d’autres choses importantes tel que le football féminin

Justement pour cette catégorie de football qu’est ce que vous proposer?

Il faut en effet élargir la base parce que le football féminin, quoique l’on puisse dire aujourd’hui, nous vaut quand même des satisfactions. Maintenant il ne faut pas s’en tenir là, nous avons un sélection féminine A et il nous faut maintenant aller vers des sélections U-20 et U-17. Sur ce sujet là, il ne faut pas essayer de passer de la base jusqu’au sommet cela va être difficile. Parce toute action de la DTN doit être une action visible mais également une action où ceux qui sont en place puissent les vivre. Cela veut dire que si on me donnait le temps de convoquer des équipes féminines et mettre en place des sélections U-20 et U-17 et qu’il y’ait un championnat, cela pourrait prendre quatre ans. Donc ce que je préconise, et c’est ce que tout le monde fait et cela donne des résultats, c’est la mise en place d’une  sélection U-18 pour participer à l’échéance à venir. Et pour cela, je compte proposer la nomination de deux entraineurs et leurs demander de faire une tournée nationale afin de faire un regroupement de ces jeunes filles et monter la sélection. Et après les résultats vont déteindre à la base. C’est ce que la Gambie a fait, et aujourd’hui elle se retrouve à la coupe du monde. Si la  Gambie réussit ça donc je pense que nous aussi nous le pouvons, et c’est même toute la région qui fonctionne comme ça. Et donc nous on ne peut pas être en marge de tout cela d’autant plus que nous n’avons pas les moyens d’aller de la base jusqu’au sommet. Mais au moins nous pouvons aller du sommet vers la base parce qu’en fait il faut faire les deux parce que l’on doit mettre les structures à la base en place. Nous allons  nous concerter avec l’UASSU pour leur demander de monter des équipes féminines pour qu’on puisse jouer en fille dans le cadre scolaire au niveau élémentaire, secondaire et même universitaire. En attendant il nous faudra nous accrocher au wagon de la compétition internationale en montant des sélections.

Vous n’êtes pas quelqu’un d’étranger à cette DTN dont vous étiez membres avant d’en être porté à la tête, alors à votre niveau personnel quelle analyse faites-vous de l’état du football sénégalais ?

Il faut dire que nous sommes à deux vitesses. C’est à dire que nous avons des sélections qui se portent bien. L’équipe nationale A a participé à la dernière CAN malgré les résultats qu’on a eu, l’équipe nationale locale qui participe régulièrement, à tous les CHAN qui ont été organisés, l’équipe olympique aussi, la sélection féminine qui va à la prochaine CAN, les U-20 sont à deux matches de la qualification pour la CAN 2013 en Algérie et l’équipe des Cadets également qui est à deux tours de la qualification. Cela veut dire qu’au niveau des sélections, ça marche.

Maintenant c’est au niveau du football local ou les résultats en terme de visibilité sont inexistants, ce n’est ni en ligue des champions ni en coupe de la CAF. Tous ont été éliminés au 1er tour. La  lecture que j’ai par rapport à ça, c’est qu’en fait que nos clubs, de mon point de vu, doivent être revisités. Parce nous savons exactement ce qui peut permettre à un club d’être performant. La première mesure est qu’en championnat, un joueur senior ne peut pas être en dessous de 25 à 30 matchs compétitifs. Je pense qu’il y a des critères sur lesquels nous devons nous baser parce que c’est ça la norme au niveau international. Aujourd’hui en France, les joueurs sortent d’une saison de championnat avec 37 matchs en poule unique de 20. Au Mali, c’est le seul pays dans l’Afrique de l’Ouest qui joue un championnat en une poule unique. Le résultat c’est que c’est le seul pays dans la zone à avoir deux clubs en ligue des champions. La Côte d’Ivoire, le Burkina, le Sénégal et la Guinée ont tous des championnats à deux poules avec une super division et à terme nous  sommes en dessous de 25 matchs. Ceux qui jouent beaucoup et qui ont un volume de matches, forcément cela se sent en terme de résultats.

Tout cela c’est parce que simplement on pose le problème de moyens au niveau de nos clubs. Ils ne peuvent pas jouer un championnat en poule unique parce que les équipes financièrement ne le peuvent pas. Donc l’état actuelle dans laquelle on se trouve si on continue ainsi ce sera toujours pareille.

Aujourd’hui la solution c’est de revenir à la poule unique en ligue 1 et en ligue 2. Peut-être même commencer par la ligue 1 dans un premier temps puis en ligue 2. Pour la Nationale 1 et Nationale 2, comme c’est conçue, je pense qu’on ne peut pas pour le moment faire mieux et donc qu’il n’y a pas de soucis majeur, bien qu’on se rende compte qu’il n’y a pas tellement de matchs. Avec les quatre ou cinq poules , je pense qu’il faut faire les matches de poules et puis faire une super division et ensuite créer une coupe parce que l’important est bien entendu que tous ceux qui jouent seniors doivent au moins avoir joué 25 matchs.

Pour chaque championnat et compétition, il nous faut mettre en place des formules et formats de compétitions qui nous permettent d’arriver à ce quota. Là est la vraie réflexion. Si on prend comme exemple le GFC à la fin du championnat il totalise 14 matches parce qu’il n’est pas dans la super division. Éliminé en coupe du Sénégal et en coupe de la ligue cela lui fait un total de 16 matches pour la saison. Donc cela lui fait un gap de 9 matches pour atteindre la norme international.  C’est de cette base qu’il nous faut partir pour avoir un bon football local.

Le problème fondamental est que nous avons vécu cette situation pendant des années. Quand on prend un jeune, en intégrant que en U-15 il n’y a rien le jeune il ne joue pas ou c’est de manière pas  organisée, alors il va en cadets où en championnat régional il sera à 6 ou 8 matches par an. En deux ans il totalise 16, autant de matches en junior cela fait un total de 32 matches pour arriver en sénior alors que dans la norme ces jeunes doivent disputer au moins 70 à 80 matches. Voilà les problèmes qui nous assaillent. C'est-à-dire que ce que nous voyons dans les clubs en ligue 1 et ligue 2 est lié au déficit à la base de notre football. C’est pour cela que des matches pleins on ne peut en voir qu’avec la super division. Là ils sont à 15, 16, 17 matches et ils commencent à avoir du volume. Donc c’est cela qu’il nous faut corriger.

À suivre….

Propos recueillis par Ndèye Dome THIOUF et Ogo SYLLA

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