Oui, Pelé a joué au Sénégal. Un match contre une sélection du Cap-Vert (région de Dakar), que le Santos Fc avait laminé par 4-1. Dans l’axe central de cette équipe dakaroise, un certain Abdoulaye Diallo, alors inamovible à la Ja et en équipe nationale.
Par Mamadou Pascal WANE
Ils sont quelques rares sénégalais à avoir joué contre Pelé. Le grand, le vrai. Ils font partie d’une équipe de «chanceux» qui constituaient la sélection du Cap-Vert (aujourd’hui région de Dakar). Celle-là qui fut opposée au Santos Fc, de passage à Dakar pour une tournée africaine. C’était en 1967. Ce jour-là, Abdoulaye Diallo avait la charge de se coller au «roi». Quand il rappelle les souvenirs, il y a toujours l’extase dans la voix.
«C’était un plaisir, une fierté d’être sur le même terrain que lui. Dans le jeu, la première chose qui vous marque, c’est qu’il était puissant. Très vite aussi, on mesure sa capacité phénoménale à lire un match, à comprendre le jeu de son adversaire. Mes deux premières interventions sur lui, je les ai réussies en récupérant le ballon. A partir de là, il s’est replié pour prendre les ballons de loin et attaquer notre axe central dans l’intervalle. Et je me rappelle cette action où il a foncé sur nous, jouant le ballon des deux intérieurs du pied, avec des touches à répétition, pour nous planter là et aller battre feu Amady Thiam». La sélection dakaroise sortira de ce match avec un 4-1, et la leçon du maître en prime.
A l’époque, Abdoulaye Diallo était parmi ce qu’il y avait de mieux comme arrière central au Sénégal. Chroniqueur sportif à la Rfm, ancien joueur de la Saint-Louisienne, Laye Diaw parle de lui comme d’«un joueur élégant, intelligent dans le jeu, doté d’aptitudes techniques propres à un attaquant. C’était le spécialiste des tacles glissés, et je n’ai pas souvenance d’un mauvais match d’Abdoulaye Diallo. Il a toujours su tirer son épingle du jeu et dans le fair-play». S’il s’est distingué avec la Ja, c’est dans son Thiès natal que Laye Diallo a commencé à s’illustrer. Notamment sur le terrain mythique de «Thialy», où Bouba Diakhao (ancien international) veillait sur lui. On est en 1953 et Abdoulaye n’a encore que 8 ans (il est né le 28 novembre 1945). «J’étais un bon joueur, choyé par les grands du quartier, en particulier le doyen Bouba Diakhao. Au terrain, c’est à moi qu’il confiait d’ailleurs la clé de sa chambre, ainsi que ses bagages. Avec lui, j’ai joué à tous les postes, sauf gardien de but...»
C’est à cause du foot que ses parents le feront quitter Thiès. Histoire de le tourner vers les études. Son oncle Abdourahmane Cissé le prend en charge à Dakar et il décroche l’entrée en 6e en 1958. Mais quand il quittait Thiès, le grand frère de Bouba Diakhao, feu Idy Bernard Diop, ne l’avait pas non plus lâché. Il fit jouer ses relations au niveau de la Ja pour qu’on intercepte le gamin, sans oublier d’aiguillonner Abdoulaye Diallo vers ce club.
En 1957, à 12 ans, le voilà cadet chez les «Bleu-Blanc», mais jouant le plus souvent chez les juniors. Et surtout, grandissant à l’ombre de certains monstres sacrés comme Henri Diadhiou, Moustapha Dieng, Omar Diop, etc. «L’intégration parmi ces aînés était d’autant plus facile que, à l’époque, on avait des dirigeants qui s’occupaient des jeunes avec le même engagement que pour les grands».
C’est ainsi qu’à 17 ans, en 1962, lors d’un match contre le Réveil de Saint-Louis, en quarts de finale de la Coupe du Sénégal, Abdoulaye Diallo est lancé dans le bain, pour un match qui se termine par un 4-4 historique. Un match de légende, parce que Malick Sy «Souris» avait marqué les 4 buts de la Ja, tandis que Mapathé Vilane en faisait de même pour le Réveil. Qui plus est, tous deux… avaient fini par se faire expulser du match. «En fait, chaque fois que l’un marquait, il allait chambrer l’autre. Finalement, ils en sont arrivés aux coups de poing…», rappelle-t-il.
Pour la petite histoire, la Ja ira gagner la 2e édition à Saint-Louis (2-1) et remportera la Coupe devant le Foyer de Casamance (6-1). «Une finale que je n’ai pas jouée, parce que certains dirigeants me trouvaient trop jeune». Mais il aura du temps à se faire dans cette équipe de la Ja où il joue les premiers rôles jusqu’en 1969. Cette année-là, peu avant la finale de la 9e édition de la Coupe du Sénégal contre l’Espoir de Saint-Louis, il s’envole pour la France. La saison précédente, il avait été champion du Sénégal, avec le brassard de capitaine qu’il portait depuis 1966. «C’est une période où je me suis retrouvé latéral droit, pour mieux participer au jeu offensif. Serigne Aly Cissé (journaliste sportif au Soleil) m’avait alors surnommé «Fachetti» (international italien de l’Inter Milan). Je marquais but sur but».
L’équipe nationale, Laye Diallo y est entré en 1964 avec l’équipe qu’avait constituée le journaliste feu Alassane Ndiaye «Allou», pour aller rencontrer le Mali, à Bamako. Les «Lions» récoltent un 3-0 et ratent les Jeux africains de Brazzaville (1965). Mais au retour ils gagnent par 2-0, donnant ainsi naissance à l’équipe qui allait succéder aux vainqueurs de la médaille d’or des Jeux de l’Amitié (1962). Laye Diallo y voisine avec les Boyline Fall de Rufisque (gardien de but), Yérim Diagne, feu Ousmane Camara dit «Men», Moustapha Dieng, Louis Gomis, Louis Camara, feu Matar Niang, Zaccaria Dièye, etc.
«C’est cette même formation qui a constitué l’ossature de l’équipe nationale du Sénégal, jusqu’à Asmara 1968 (la Can-1968 en Ethiopie) renforcée par les Baye Moussé Paye, Doudou Diongue, etc.». Auparavant, l’équipe dispute la Can-1965, en Tunisie, où Abdoulaye Diallo est remplaçant derrière le duo Moustapha Dieng-feu Issa Mbaye.
Parti en France en même temps que onze autres joueurs de l’équipe d’Asmara-1968, Abdoulaye Diallo a failli rater cette aventure. Trois jours avant son départ, il se casse la jambe dans un tournoi que la Ja disputait à Dakar. Or, à l’Us Tourcoing (Division Honneur) on l’attendait avec un salaire de 450 000 F, contre les 32 000 F qu’il gagnait en tant qu’enseignant à l’école Cerf-Volant de Dakar. Mais les dirigeants français, séduits et convaincus par le joueur, lui laisseront la porte ouverte jusqu’après sa guérison. «Je me suis fait plâtrer à Dakar et j’ai suivi la rééducation en France», sourit-il.
Abdoulaye Diallo joue ainsi pour Tourcoing, avant de connaître d’autres clubs dont le Racing club de Strasbourg (Division 2). En 1976, il ferme cette carrière professionnelle et rentre à Dakar.
Deux fils sous le maillot national
Abdoulaye Diallo n’a pas laissé que son nom au football sénégalais. Deux de ses fils ont porté le maillot national comme lui. En commençant par Omar Diallo, l’ancien gardien de but des «Lions» jusqu’en 2002, pour arriver à Moustapha Diallo, l’ancien milieu récupérateur du Jaraaf qui évolue à Guingamp. Et il y a un troisième qui pointe le nez.
«Abdourakhmane passe actuellement ses tests à la Juventus (Italie). Avec 1m 85 pour 80 kg, il évolue aussi au poste de défenseur central. Je rends ainsi grâce à Dieu de m’avoir donné des garçons qui réussissent dans ce que j’aime le plus au monde, c’est-à-dire le football. Ils s’en tirent bien», note l’ancien international de la Ja des années 1960.
Vivant aujourd’hui à Thiès, Abdoulaye Diallo y dirige depuis 1980 une société versée dans l’import-export, avec un soubassement de mutuelle d’épargne et de crédit. Auparavant, rentré au Sénégal en 1976, après sa carrière professionnelle, avec un diplôme d’assureur, il avait été le directeur régional à Kaolack d’une compagnie nationale d’assurance. «J’ai quitté en 1980 avec un sentiment d’injustice. Pour quelqu’un qui faisait rentrer environ 120 millions de francs par mois, je ne touchais que 150 000 F».
En plus de gérer sa propre structure, Abdoulaye Diallo est aussi vice-président, chargé de la communication au niveau de l’Association des anciens internationaux. De 1998 à 2005, il a aussi été président du Club olympique thiessois. A ses heures perdues, il se fait journaliste avec la publication de Thialy.
M. P. WANE
Nota : Ces deux articles sont déjà parus dans Walf Sports n° 1143 du 3 novembre 2009.




